Le Tarot amoureux et l’écriture automatique : Les messages de l’inconscient à travers les cartes

Tirage Tarot Amour

Deux dates séparées d’un siècle et demi expliquent la pratique dont il est question ici. Vers 1781, un érudit parisien décide que les cartes de tarot cachent un savoir perdu. En 1919, deux poètes s’enferment pour écrire sans jamais se relire. Rien ne reliait ces deux gestes, et pourtant nous les employons ensemble tous les mois.

Associer un tirage de tarot amoureux à une page d’écriture non relue produit une trace de votre propre lecture, pas un message venu d’ailleurs. C’est un exercice d’introspection, hérité de deux traditions distinctes qui n’ont jamais été conçues l’une pour l’autre, et qui se complètent mieux qu’on ne l’imaginerait.

En bref

  • La lecture divinatoire du tarot naît au XVIIIe siècle, pas au Moyen Âge ni en Égypte ancienne.
  • L’écriture automatique des surréalistes était une méthode littéraire, jamais une pratique de divination.
  • Il n’existe aucun arcane nommé « l’Oracle » : le terme désigne un type de jeu, pas une carte.
  • Ce que la page révèle vient de vous : c’est sa valeur, et sa limite.

1781 : le jour où le tarot devient un livre secret

Tout part d’un texte d’Antoine Court de Gébelin, pasteur, érudit et franc-maçon, publié vers 1781 dans son vaste ouvrage Le Monde primitif. Il y soutient que les images du tarot conservent la sagesse perdue des prêtres égyptiens, transmise en secret jusqu’en France. L’hypothèse ne repose sur aucune preuve historique, et les spécialistes l’ont abandonnée depuis longtemps, mais elle a suffi à transformer un jeu de cartes en objet d’interprétation.

La suite arrive vite. En 1783, un cartier parisien signant du nom d’Etteilla, anagramme de son patronyme Alliette, publie le premier manuel de divination par le tarot, avant de faire éditer un jeu spécialement conçu pour cet usage. On lui doit des habitudes toujours vivantes : la disposition des cartes sur la table, et le fait de donner à chaque lame un sens distinct selon qu’elle sort droite ou renversée.

Précisons un point qui circule beaucoup. Le tarot n’était pas utilisé dans les rituels maçonniques du XVIIIe siècle. Ce qui est exact, c’est que l’homme par qui la lecture ésotérique commence appartenait à ces milieux érudits, curieux de symboles et d’origines anciennes. La nuance a son importance quand on prétend, comme nous, dire les choses telles qu’elles sont.

1919 : deux poètes, une expérience, aucune divination

L’écriture automatique entre dans l’histoire littéraire au printemps 1919, lorsque André Breton et Philippe Soupault se mettent à écrire le plus vite possible, sans relire ni corriger. Le résultat paraît l’année suivante sous le titre Les Champs magnétiques, généralement tenu pour le premier texte du surréalisme. En 1924, Breton en fait le cœur de sa définition du mouvement, cet « automatisme psychique pur » resté célèbre.

Le procédé lui-même est plus ancien : les cercles spirites du XIXe siècle l’employaient déjà, en attribuant les pages obtenues à des voix extérieures. Les surréalistes ont retourné l’explication. Pour eux, rien ne venait d’ailleurs ; tout venait de l’écrivant, simplement débarrassé du censeur intérieur qui reformule chaque phrase avant qu’elle n’existe. C’est cette seconde lecture que nous suivons.

Une page écrite sans relecture ne vous apporte pas de nouvelles de l’autre. Elle vous en donne de vous.

Ce que les deux pratiques se donnent l’une à l’autre

Le tarot fournit des images que vous n’avez pas choisies, l’écriture fournit un espace où réagir sans se surveiller. Une carte retournée bloque le raisonnement pendant une seconde : c’est exactement dans cette seconde que la page se remplit d’autre chose que du discours habituel sur la relation.

Nous procédons simplement. Une question posée, trois cartes retournées, une page écrite d’un trait sans lever le stylo, puis le carnet refermé sans relecture le jour même. Le détail des étapes et la manière de tenir ce carnet dans la durée sont développés dans notre article consacré à la cartomancie et l’écriture automatique. Ces deux pratiques relèvent de traditions symboliques, proposées ici comme supports d’introspection, sans validation scientifique ni valeur de certitude.

Trois arcanes qui reviennent, et comment nous les lisons

Certaines lames sortent plus souvent que d’autres dans les tirages amoureux, ou du moins nous les remarquons davantage. Voici comment nous les traitons quand une page d’écriture suit le tirage.

  • L’Impératrice, troisième arcane. La tradition y voit l’abondance, la création, ce qui se déploie généreusement. Nous ne la lisons jamais comme l’annonce d’une naissance ou d’une grossesse, contrairement à ce qu’on entend parfois : ce n’est ni son sens ni un terrain sur lequel une carte a quoi que ce soit à dire.
  • La Lune, dix-huitième arcane. Elle éclaire mal, par définition, et se prête bien à l’exercice : les pages écrites après sa sortie sont souvent les plus confuses, donc les plus intéressantes à relire des semaines plus tard.
  • Le Pendu, douzième arcane. Suspension, attente, point de vue renversé. Quand il tombe, nous conseillons d’écrire debout ou dans une autre pièce que d’habitude, simple manière de prendre la carte au mot.

Une remarque de vocabulaire, puisqu’elle revient sans cesse. Aucune carte du tarot ne s’appelle « l’Oracle ». Le mot désigne une famille de jeux différents des tarots, aux nombres de cartes variables et sans arcanes majeurs. Croire tirer l’Oracle dans un tarot, c’est chercher une lame qui n’existe dans aucun jeu.

Les questions qui reviennent sur cette pratique

Faut-il écrire avant ou après avoir retourné les cartes ?

Après, systématiquement. Une page écrite avant installe une attente que le tirage n’a plus qu’à confirmer, et l’exercice perd tout intérêt. L’ordre n’est pas une coquetterie de méthode, c’est ce qui distingue une réaction d’une justification.

Les mots obtenus viennent-ils d’un guide ou d’un défunt ?

Nous n’avancerons rien de tel. Les spirites du XIXe siècle le pensaient, les surréalistes ont soutenu l’inverse, et rien ne permet de trancher autrement qu’en croyance. Ce que nous constatons, c’est qu’une page non relue contient toujours du matériau reconnaissable par celle qui l’a écrite.

Peut-on pratiquer sans rien connaître au tarot ?

Oui, et les débutantes s’en sortent parfois mieux. Sans grille de significations en tête, on décrit ce qu’on voit sur la carte au lieu de réciter un sens appris. Si la relation traverse une période réellement douloureuse, un professionnel de l’écoute reste l’interlocuteur juste, avant le carnet comme avant le jeu.

Aller plus loin

La même page blanche, abordée cette fois du côté de la voyance.

Écriture automatique et voyance

La Brigade de la Vérité. Article mis à jour le 11 août 2026. Repères cités : essai d’Antoine Court de Gébelin sur le tarot publié vers 1781 dans Le Monde primitif ; premier manuel de divination par le tarot publié par Etteilla en 1783 ; expérience d’écriture automatique de Breton et Soupault au printemps 1919, Les Champs magnétiques paru l’année suivante ; définition de l’« automatisme psychique pur » dans le premier Manifeste du surréalisme, 1924. Contenu issu de traditions culturelles et divinatoires, sans validation scientifique ni valeur de certitude.

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