On nous écrit souvent que le tarot amoureux porte une sagesse ancestrale. La formule est jolie, elle est fausse, et nous préférons vous dire pourquoi : la lecture des cartes en amour a une date de naissance, et la connaître rend les tirages plus intéressants, pas moins.
Le tarot amoureux lit une image, pas un avenir. Ce que les praticiens appellent l’énergie d’une carte désigne l’ambiance qu’elle installe dans la question posée : l’élan, la stagnation, l’attente, la rupture. Cette lecture divinatoire est née à la fin du XVIIIe siècle, alors que le jeu, lui, servait à jouer depuis trois cents ans.
En bref
- La divination par le tarot naît vers 1781 avec Court de Gébelin, puis Etteilla en 1783
- Les 22 arcanes majeurs racontent des mouvements de vie, les 56 mineurs le quotidien
- L’« énergie » d’une carte est une ambiance de lecture, pas une force qui agit
- Une lame difficile n’annonce jamais une rupture certaine
D’où vient vraiment la lecture amoureuse des cartes
Elle vient de deux hommes et de deux livres, en l’espace de trois ans, à la fin du XVIIIe siècle. Avant eux, le tarot est un jeu de cartes qu’on joue, comme on joue à la belote.
- Vers 1781, le pasteur et érudit Antoine Court de Gébelin consacre au tarot un chapitre de son Monde primitif et lui invente une origine égyptienne, sans la moindre preuve historique. L’idée fera fortune pendant deux siècles.
- En 1783, Etteilla, de son vrai nom Jean-Baptiste Alliette, publie Manière de se récréer avec le jeu de cartes nommées tarots, premier véritable manuel de divination, puis un jeu conçu pour cet usage. On lui doit l’étalement des cartes et la lecture droit ou renversé.
Deux repères matériels complètent le tableau : le tarot gravé par Nicolas Conver à Marseille en 1760, référence des jeux dits de Marseille, et celui illustré par Pamela Colman Smith en 1909 pour A. E. Waite, dont les scènes figurées ont rendu la lecture sentimentale bien plus accessible.
Les arcanes majeurs, ou les grands mouvements d’une histoire
Les 22 arcanes majeurs ne décrivent pas des événements amoureux : ils décrivent des mouvements. Un élan, une chute, une attente, un recommencement. C’est ce qui les rend lisibles dans une question de couple sans jamais y devenir des verdicts.
Une remarque technique s’impose ici, parce qu’elle fait rater beaucoup de lectures faites seul. La numérotation dépend du jeu : dans les tarots de Marseille, la Justice porte le VIII et la Force le XI ; dans le jeu de Waite illustré par Pamela Colman Smith, les deux lames ont été inverties, Force VIII et Justice XI, pour coller au zodiaque. Un manuel écrit pour l’un se trompe donc de carte si vous tirez avec l’autre.
L’Amoureux (VI)
La Force (VIII ou XI selon le jeu)
La Roue de Fortune (X)
La Maison Dieu (XVI)
Les arcanes mineurs, là où se joue le quotidien
Les 56 mineurs parlent de ce qui remplit les semaines : les échanges, les silences, l’argent, le désir. Répartis en quatre enseignes, ils donnent au tirage sa texture concrète.
Bâtons, Coupes, Épées et Deniers sont couramment associés au feu, à l’eau, à l’air et à la terre. Cette correspondance est une convention d’occultistes, largement adoptée aujourd’hui, mais absente des jeux anciens : nous la présentons comme une clé de lecture commode, jamais comme une règle du tarot. Nous en avons détaillé l’usage amoureux dans notre article sur les forces élémentaires dans un tirage de couple.
Ce que nous entendons par « énergie » d’un tirage
Nous appelons énergie l’ambiance qui se dégage d’un ensemble de cartes, pas une force logée dans le carton. Trois lames de Coupes posées côte à côte racontent une histoire portée par le sentiment ; trois Épées, une histoire où l’on s’explique beaucoup et où l’on décide peu.
Cette lecture d’ensemble compte plus que la chasse à la carte fatidique. C’est aussi ce qui distingue un tirage utile d’un tirage anxieux : le premier vous rend une vue générale de votre situation, le second vous fait guetter une seule lame en retenant votre souffle.
Ce que vous nous demandez le plus souvent
Le tarot peut-il dire si mon histoire va durer ?
Non, et nous ne l’affirmerons jamais. Une lecture décrit un état présent et les tendances que vous y apportez vous-même. La durée d’une relation dépend de décisions qui n’appartiennent à aucune carte.
Faut-il un jeu de Marseille ou un jeu illustré pour l’amour ?
Les deux fonctionnent, mais pas de la même manière. Marseille demande un travail de symbole sur des mineurs non figurés, Waite et ses scènes racontent des situations immédiatement lisibles. Pour débuter en amour, le second est plus accueillant.
Une carte sombre annonce-t-elle une rupture ?
Elle annonce une tension, pas une issue. La Maison Dieu ou les Épées signalent souvent une vérité restée sous le tapis ; ce qu’on en fait, une explication ou un départ, ne se lit pas dans le jeu.
Savoir que cette pratique date de 1783 plutôt que de l’Égypte ancienne ne lui retire rien. Elle reste ce qu’elle a toujours été chez nous : une manière de regarder son histoire de côté, avec des images assez fortes pour que quelque chose se dise enfin.
Aller plus loin
Les symboles amoureux que les lames dissimulent dans leur décor.
Le tarot relève de la tradition divinatoire et du divertissement introspectif, non d’un savoir scientifiquement établi. Aucune lecture ne garantit un résultat amoureux, et rien ici ne remplace l’accompagnement d’un professionnel en cas de difficulté relationnelle durable.
Publié le 5 janvier 2024. Mis à jour le 17 août 2026.
Repères historiques : Antoine Court de Gébelin, Le Monde primitif (vers 1781) ; Etteilla, Manière de se récréer avec le jeu de cartes nommées tarots (1783) ; tarot gravé par Nicolas Conver, Marseille, 1760 ; jeu de A. E. Waite illustré par Pamela Colman Smith, 1909.


