Posez côte à côte une reproduction de tarot ancien et un jeu contemporain acheté en librairie. Le second contient des dizaines de teintes ; le premier, cinq ou six, toujours les mêmes, appliquées en aplats francs. Cette différence n’a rien d’anecdotique pour qui lit les couleurs d’un tirage.
Dans un jeu ancien, les couleurs ne sont pas un choix d’artiste : elles découlent d’une technique d’impression qui n’en autorisait qu’une poignée. Lire une dominante colorée reste possible et parlant, à condition de savoir si la teinte observée relève du symbole ou de la contrainte de l’imprimeur.
En bref
- Les cartes anciennes étaient gravées sur bois puis mises en couleur au pochoir, avec une palette réduite à quelques teintes.
- Le violet et l’orange n’appartiennent pas à cette palette historique : les rencontrer signale un jeu moderne.
- La psychologie des couleurs ne fait pas consensus scientifique ; elle vaut comme grille culturelle, pas comme loi.
- Une dominante se lit sur l’ensemble du tirage, jamais sur une carte isolée.
Ce que la psychologie des couleurs peut, et ce qu’elle ne peut pas
Elle décrit des associations culturelles partagées, et s’arrête là. Le rouge est lié à l’alerte et à l’ardeur dans une grande partie du monde occidental, le blanc au deuil dans plusieurs cultures d’Asie : ce sont des conventions apprises, pas des réactions universelles. Les travaux sérieux sur le sujet convergent surtout sur un point : les effets attribués aux couleurs sont contextuels, difficilement reproductibles d’une étude à l’autre, et le domaine ne dispose pas d’un consensus scientifique solide.
Autant le dire franchement, cela ne nous gêne pas. La cartomancie ne travaille pas avec des lois, elle travaille avec des images partagées. Une couleur qui vous saute aux yeux dans un tirage dit quelque chose de votre regard à cet instant, et c’est précisément la matière de la lecture. Il s’agit d’une tradition culturelle et symbolique, proposée comme support de réflexion, sans validation scientifique.
Les couleurs du tarot ancien ne sont pas un choix d’artiste
Elles sont le produit d’un atelier. Les tarots classiques, dont celui gravé par Nicolas Conver à Marseille en 1760 reste la référence la plus citée, étaient imprimés à partir de planches de bois qui déposaient le trait noir sur le papier. La mise en couleur venait ensuite, à la main, en passant un pochoir découpé par teinte. Chaque couleur supplémentaire signifiait un pochoir de plus, un passage de plus, un coût de plus. Les éditions les plus économiques se contentaient de quatre teintes ; les plus soignées montent à six, sans compter le noir du trait et le blanc du papier laissé en réserve.
| Teinte | Présence dans les jeux anciens | Lecture traditionnelle en amour |
|---|---|---|
| Rouge | Constante, sur tous les tirages de pochoirs | L’élan, le désir, ce qui se met en mouvement sans attendre |
| Bleu | Constante | L’attachement durable, la part réfléchie du sentiment |
| Jaune | Constante, souvent en fond | La lucidité, ce qui est vu et compris dans la relation |
| Chair | Constante, réservée aux visages et aux mains | La présence physique, le contact réel plutôt qu’imaginé |
| Vert | Fréquente, absente des éditions les plus sobres | Ce qui pousse lentement, une relation encore verte |
| Violet, orange, rose | Absentes | Symbolique propre au jeu moderne que vous tenez, à lire dans son livret |
Cette dernière ligne évite bien des contresens. Un manuel qui vous explique ce que signifie « une dominante violette » dans le tarot de Marseille parle d’un jeu qu’il n’a pas regardé. En revanche, dans un jeu illustré au XXe siècle, celui de Pamela Colman Smith paru en 1909 par exemple, chaque nuance a été choisie carte par carte : là, la couleur redevient un signe volontaire.
Lire une dominante sans se raconter d’histoires
Une dominante se constate sur l’étalement entier, pas sur une carte prise seule. Étalez cinq ou sept cartes, reculez d’un pas, et regardez la table comme un tableau plutôt que comme une suite de figures. Ce que vous voyez en premier depuis cette distance, c’est la dominante.
Trois cas reviennent régulièrement dans nos lectures amoureuses. Un tapis franchement rouge accompagne souvent les situations où tout va vite, où la question posée porte moins sur les sentiments que sur le rythme. Une majorité de bleu va avec les histoires anciennes, installées, parfois figées. Un étalement très jaune signale généralement une consultante qui a déjà compris sa situation et cherche une confirmation plus qu’un éclairage. Ces correspondances valent comme repères de lecture, pas comme diagnostic, et aucune n’annonce ce qui va se produire.
Trois erreurs que nous voyons revenir
- Confondre teinte et enseigne. Le rouge de la couleur imprimée n’a rien à voir avec les Coupes ou les Deniers. Les enseignes, elles, portent une clé de lecture distincte, détaillée dans notre article sur les quatre éléments du tarot amoureux.
- Chercher une dominante dans un tirage à trois cartes. L’échantillon est trop court, la dominante y est un effet du hasard plus qu’un signe.
- Attribuer au noir un sens funeste. Dans les jeux anciens, le noir est le trait de la gravure, présent partout par nécessité technique. Il ne constitue pas une couleur au sens où l’entend un tirage.
Ce que vous nous demandez à ce sujet
Faut-il choisir un jeu très coloré pour lire les couleurs ?
Pas nécessairement, et c’est même souvent l’inverse. Une palette réduite oblige à remarquer les écarts ; une palette riche noie l’attention. Beaucoup de cartomanciennes expérimentées travaillent sur des jeux volontairement austères pour cette raison.
Une carte inversée change-t-elle sa couleur dominante ?
Non, la surface colorée reste identique. Ce qui change, c’est la place occupée par la teinte dans votre champ de vision, le haut de la carte se retrouvant en bas. Certaines lectrices en tiennent compte, d’autres pas ; aucune des deux écoles ne détient la vérité sur ce point.
Peut-on tirer des conclusions sur son partenaire à partir des couleurs ?
Non. Les couleurs d’un étalement renseignent sur la façon dont vous voyez la situation, jamais sur les intentions d’une autre personne. Quand la relation fait durablement souffrir, un professionnel de l’écoute reste l’interlocuteur juste, avant n’importe quel jeu de cartes.
Poursuivre la lecture
Les mêmes nuances, appliquées cette fois à un tirage de tarot amoureux.
La Brigade de la Vérité. Article mis à jour le 11 août 2026. Repères cités : gravure sur bois et mise en couleur au pochoir des tarots classiques, palette limitée à quatre à six teintes selon les éditions, tarot gravé par Nicolas Conver à Marseille en 1760, jeu illustré par Pamela Colman Smith en 1909. Contenu issu de traditions culturelles et divinatoires, sans validation scientifique ni valeur de certitude.


