Ce qui frappe, en consultation, ce n’est pas la difficulté à ressentir. C’est la difficulté à nommer. « Je ne sais pas, je me sens bizarre avec lui » revient plus souvent que n’importe quelle question sur l’avenir. Les cartes servent d’abord à ça : donner un mot à ce qui n’en avait pas.
La cartomancie ne développe aucune compétence émotionnelle par elle-même. Ce qu’elle offre, c’est un support d’images qui oblige à formuler : dire à voix haute pourquoi cette carte vous met mal à l’aise revient à décrire une émotion que vous gardiez informe. Le travail se fait dans la phrase, pas dans le tirage.
En bref
- L’expression « intelligence émotionnelle » date de 1990, sa diffusion grand public de 1995.
- Un tirage aide à nommer un ressenti, il ne le mesure pas et ne le corrige pas.
- Cartes divinatoires et cartes des émotions poursuivent deux buts différents.
- Décrire la carte avant de l’interpréter est l’exercice le plus utile de tout le processus.
L’intelligence émotionnelle, en deux dates
Elle a une origine universitaire précise. L’expression apparaît en 1990 sous la plume des psychologues Peter Salovey et John Mayer, qui la définissent comme l’aptitude à percevoir ses propres sentiments et ceux d’autrui, à les distinguer, et à s’en servir pour orienter ses pensées et ses actes. Le concept sort des revues spécialisées en 1995 avec l’ouvrage de Daniel Goleman, qui le popularise auprès du grand public.
Nous citons ces repères parce qu’ils fixent le cadre honnête de cet article. Aucune donnée ne relie la pratique de la cartomancie à un gain mesurable de cette aptitude, et nous ne le prétendrons pas. Ce qui se joue avec un jeu de cartes relève d’autre chose : un exercice de mise en mots, dans un cadre symbolique qui autorise à parler de soi sans se sentir jugée.
Nommer avant d’interpréter
C’est l’exercice central, et il tient en une consigne simple : décrivez la carte avant de lui donner un sens. Ce que vous voyez, les couleurs, la posture du personnage, ce vers quoi son regard se tourne, ce qui vous saute aux yeux en premier. L’interprétation vient ensuite, et elle vient toujours plus juste.
La raison est facile à observer sur soi. En passant directement au sens, vous appliquez une signification apprise. En décrivant d’abord, vous dites ce que vous, à ce moment précis de votre histoire, remarquez sur cette image. Deux personnes ne remarquent jamais la même chose sur la même carte, et cet écart est exactement l’information recherchée. Nous détaillons ce mécanisme dans notre lecture du langage secret des cartes en cartomancie amoureuse.
Deux familles de cartes qu’il ne faut pas confondre
Elles se ressemblent de loin et n’ont ni le même but ni le même usage. D’un côté les jeux divinatoires, tarot, oracles, Lenormand, dont les images restent ouvertes et se lisent en contexte. De l’autre les cartes des émotions, outils pédagogiques où l’émotion est écrite noir sur blanc sur la carte.
Les Emoticartes appartiennent à cette seconde famille. Conçues par le sophrologue Patrice Iacovella, elles proposent trente-neuf cartes destinées aux enfants à partir de six ans, avec des émotions désagréables d’un côté, agréables de l’autre, et des questions au dos pour aider à identifier ce qui se passe. Une déclinaison pour adultes existe également. Ce n’est pas de la cartomancie, et l’amalgame que l’on rencontre parfois entre les deux ne rend service à aucune des deux pratiques.
| Cartomancie amoureuse | Cartes des émotions | |
|---|---|---|
| Ce que la carte apporte | Un symbole ouvert, à interpréter selon votre situation | Une émotion déjà nommée, écrite sur la carte |
| Ce qu’on en attend | Éclairer une situation affective qu’on ne parvient pas à démêler | Mettre un mot juste sur ce qui se passe maintenant |
| Le risque de la méthode | Chercher une réponse extérieure à une décision qui vous appartient | Rester en surface si personne ne relance la conversation |
Rien n’interdit d’utiliser les deux, à des moments différents. Un jeu d’émotions convient à qui cherche un vocabulaire de base. Un jeu divinatoire convient à qui a déjà les mots et cherche à comprendre pourquoi la même scène se rejoue.
Le tirage à deux, quand le sujet coince dans le couple
Il fonctionne à une condition : chacun tire pour soi. Deux cartes chacun, la première pour ce que je vis en ce moment dans la relation, la seconde pour ce que j’aimerais que l’autre comprenne. Puis chacun décrit ses images à voix haute, sans commenter celles de l’autre.
L’intérêt de ce format n’a rien de mystérieux. Il déplace la conversation : on ne parle plus du reproche, on parle d’une carte, ce qui abaisse considérablement la tension. Beaucoup de couples se disent des choses devant un jeu qu’ils ne se disaient plus autour de la table. La règle qui rend l’exercice tenable est celle du non-commentaire : on écoute, on ne corrige pas la lecture de l’autre.
Trois questions que l’on nous pose sur ce sujet
Faut-il croire aux cartes pour que l’exercice serve ?
Non. La mise en mots fonctionne indépendamment de ce que vous pensez du tarot. La croyance ajoute une profondeur au geste, elle n’est pas la condition de son utilité.
Peut-on utiliser un jeu divinatoire avec un enfant ?
Nous le déconseillons. Les images du tarot sont ambivalentes, parfois inquiétantes, et n’ont pas été pensées pour cet usage. Les jeux d’émotions dédiés existent précisément pour ce public.
Les cartes peuvent-elles remplacer un accompagnement ?
À aucun moment. La cartomancie relève d’une tradition symbolique et se pratique comme un support de réflexion et de divertissement introspectif. Quand les émotions débordent durablement, quand la relation fait souffrir au quotidien, un professionnel de l’écoute reste le bon interlocuteur, et aucun tirage ne s’y substitue.
Pour continuer
Le tirage qui met des mots sur ce que votre partenaire n’exprime pas.
La Brigade de la Vérité. Article mis à jour le 10 août 2026. Repères cités : Peter Salovey et John Mayer, première formulation de l’intelligence émotionnelle, 1990 ; Daniel Goleman, ouvrage de vulgarisation, 1995 ; Emoticartes, jeu conçu par le sophrologue Patrice Iacovella. Contenu issu d’une tradition divinatoire, sans portée thérapeutique.


