La cartomancie des étoiles : Les constellations cachées dans les cartes de tarot

Cartomancie Amour

Disons-le tout net avant d’ouvrir le jeu : il n’y a aucune constellation dans les cartes de tarot. La table qui relie les arcanes au ciel a moins de deux siècles, elle a été construite de main d’homme, et elle reste malgré tout l’une des clés de lecture les plus fines dont nous disposons pour un tirage amoureux.

Les correspondances entre arcanes majeurs et signes du zodiaque proviennent d’une convention établie par les occultistes anglais de la fin du XIXe siècle, pas des jeux anciens eux-mêmes. Dans une lecture sentimentale, elles ajoutent à la carte une température de tempérament : l’Empereur lu au Bélier ne raconte pas le même amour que la Force lue au Lion.

En bref

  • La table arcanes / signes est une convention ésotérique récente, jamais gravée dans les jeux de Marseille.
  • Signes astrologiques et constellations ne se superposent plus : le décalage atteint aujourd’hui près d’un signe.
  • Trois arcanes portent réellement un astre : l’Étoile, la Lune, le Soleil.
  • Le Petit Lenormand possède sa propre carte des Étoiles et suit une tout autre logique.

D’où vient la table qui relie les arcanes au ciel

Elle vient des cercles occultistes anglais de la fin du XIXe siècle, qui ont réparti les vingt-deux majeurs entre les douze signes, les sept planètes traditionnelles et les éléments primordiaux. C’est la seule répartition qui fasse aujourd’hui consensus, et c’est celle que nous utilisons en consultation. Elle n’a rien d’une révélation ancienne : les tarots de Marseille imprimés au XVIIIe siècle ne portent aucune mention astrologique.

Une erreur circule beaucoup sur ce terrain, y compris dans des articles très partagés : le Taureau y est rattaché à la Papesse. C’est inexact. Le Taureau revient au Pape, tandis que la Papesse est reliée à la Lune comme astre, au même titre que le Bateleur à Mercure et l’Impératrice à Vénus. Ces trois cartes ne portent donc aucun signe.

Signe Arcane majeur Ce qu’il colore dans un tirage amoureux
Bélier L’Empereur Un lien qui se décide vite, parfois trop
Taureau Le Pape L’engagement pris devant témoins, la parole tenue
Gémeaux L’Amoureux Le choix affectif, et l’hésitation qui le précède
Cancer Le Chariot L’élan protecteur, le foyer qu’on emmène avec soi
Lion La Force Le désir apprivoisé plutôt que dompté
Vierge L’Ermite Le retrait, le temps qu’on prend avant de répondre
Balance La Justice Le compte de ce que chacun donne et reçoit
Scorpion Arcane sans nom La coupe franche, ce qui ne reviendra pas
Sagittaire Tempérance Le mélange lent de deux vies
Capricorne Le Diable L’attachement qui lie et qui retient
Verseau L’Étoile La confiance nue, sans garantie
Poissons La Lune Ce qui se devine et ne se dit pas

Signes et constellations : deux ciels qu’on confond sans arrêt

Ce ne sont pas les mêmes objets, et l’astrologie ne travaille pas sur les constellations. Elle découpe le cercle du zodiaque en douze secteurs égaux de trente degrés, indépendants de la taille réelle des figures célestes. Les constellations, elles, sont des délimitations astronomiques : l’Union astronomique internationale en reconnaît quatre-vingt-huit depuis 1930, aux surfaces très inégales.

Constellation dessinée en reliant ses étoiles, illustrant la différence entre figure céleste et signe du zodiaque

Le décalage tient à la précession des équinoxes, ce lent basculement de l’axe terrestre qui déplace le point de référence d’environ un degré tous les soixante-douze ans. Depuis l’Antiquité, l’écart atteint près d’un signe entier. Autre surprise pour qui n’a jamais regardé le détail : le Soleil traverse chaque année treize constellations, et non douze. Il passe par le Serpentaire, Ophiuchus de son nom latin, entre le 29 novembre et le 17 décembre environ. Les astrologues de l’Antiquité l’ont écarté pour conserver un cycle de douze, calé sur les lunaisons de l’année.

Retenez-en ceci pour vos tirages : quand nous parlons du Lion derrière la Force, nous parlons d’un tempérament symbolique, pas d’un amas d’étoiles au-dessus de votre tête. La nuance change tout à la manière d’écouter une lecture.

Les trois arcanes qui portent vraiment un astre

Trois cartes du tarot de Marseille montrent le ciel lui-même, et elles se suivent : l’Étoile en dix-sept, la Lune en dix-huit, le Soleil en dix-neuf. Cette séquence forme, dans la lecture traditionnelle, une remontée vers la clarté. En matière de sentiments, c’est sans doute le passage le plus parlant du jeu entier.

L’Étoile (XVII) en lecture amoureuse
La carte de la confiance qui revient après une secousse. Elle décrit un lien qui se laisse voir sans armure, souvent au sortir d’une période où l’on n’osait plus rien espérer. Son revers : une espérance si nue qu’elle oublie de se protéger.
La Lune (XVIII) en lecture amoureuse
La carte de ce qui se devine sans se dire. Non-dits, intuitions justes, imagination qui déborde : elle signale une relation où l’on interprète beaucoup et où l’on vérifie peu. Elle n’annonce pas un mensonge, elle signale un flou.
Le Soleil (XIX) en lecture amoureuse
La carte de la relation qui se vit au grand jour, assumée devant les autres. Chaleur partagée, simplicité retrouvée. Son revers tient en un mot : l’éblouissement, quand la lumière empêche de voir ce qui reste à régler.

Les arcanes mineurs relèvent des décans, pas des étoiles

Aucune constellation ne leur est attribuée. La même tradition occultiste a réparti les trente-six cartes numérales, du deux au dix dans les quatre couleurs, sur les trente-six décans du zodiaque, c’est-à-dire les tranches de dix degrés qui découpent chaque signe. Les figures, elles, valent pour des tempéraments ou des personnes, jamais pour des amas d’étoiles.

Vous lirez parfois qu’un valet de cœur correspondrait au Verseau, ou un roi au Lion. Ces rapprochements n’appartiennent à aucun système établi, ils circulent de blog en blog. La voie solide passe par les couleurs et leurs éléments, que nous détaillons dans notre lecture des forces élémentaires dans les tirages amoureux.

Le Petit Lenormand a sa propre étoile

Il possède une carte des Étoiles, la seizième du jeu, généralement lue comme une orientation juste et un chemin qui s’éclaire. C’est une carte d’image, pas de constellation : le Lenormand fonctionne par scènes concrètes et par combinaisons de deux ou trois cartes, là où le tarot travaille par symboles.

Un mot sur son nom, puisque la question revient souvent. Marie-Anne Lenormand (1772-1843) fut une cartomancienne parisienne célèbre sous le Consulat et l’Empire, réputée avoir reçu Joséphine de Beauharnais. Elle n’a en revanche créé aucun de ces jeux : le Petit Lenormand a été édité en Allemagne après sa mort, et son nom lui a servi d’enseigne commerciale. La légende qui lui prête d’avoir annoncé le destin de Napoléon relève du récit, pas de l’archive.

Trois questions qui reviennent à chaque consultation

Faut-il connaître l’astrologie pour lire les cartes ?

Non, et nous déconseillons même de commencer par là. La grille astrologique s’ajoute à une lecture déjà solide, elle ne la remplace pas. Superposée trop tôt, elle brouille le tirage au lieu de l’éclairer.

Mon signe influence-t-il les cartes que je tire ?

Rien ne permet de l’affirmer, et nous nous garderions bien de le promettre. Ce que votre signe change, c’est votre manière d’entendre la lecture : un Scorpion et un Sagittaire ne reçoivent pas de la même façon la même carte de Tempérance.

Que faire si l’arcane de mon signe sort dans un tirage amoureux ?

Le lire comme un miroir plutôt que comme un présage. Quand la Justice tombe pour une Balance, la carte pointe le terrain où cette personne joue déjà sa partie : l’équilibre du donné et du reçu dans le couple. Le tarot appartient à une tradition symbolique et se pratique comme un support de réflexion, jamais comme une certitude sur l’avenir d’une relation.

Pour continuer

Croiser signe et tirage sans confondre les deux grilles, carte par carte.

Signes astrologiques et tirages

La Brigade de la Vérité. Article mis à jour le 10 août 2026. Repères astronomiques : Union astronomique internationale, 88 constellations délimitées en 1930 ; passage du Soleil dans le Serpentaire du 29 novembre au 17 décembre. Contenu issu d’une tradition divinatoire, proposé comme support de réflexion et de divertissement introspectif, sans valeur de certitude.

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