Une consultante nous a dit un jour, en regardant son tirage : « il n’y a que des coupes, je ne comprends pas ce que ça change ». Ça change presque tout. Avant même de lire une carte, la couleur qui domine un tirage amoureux raconte déjà de quelle matière est faite la relation.
Les quatre enseignes des arcanes mineurs se lisent traditionnellement comme quatre éléments : les Bâtons pour le feu, les Coupes pour l’eau, les Épées pour l’air, les Deniers pour la terre. Dans un tirage amoureux, elles indiquent par quoi le lien tient en ce moment, du désir jusqu’à la sécurité matérielle.
En bref
- Quatre enseignes, quatre climats de relation, à lire avant le détail des cartes.
- Une couleur absente dit souvent plus qu’une couleur dominante.
- La correspondance avec les éléments est une convention ésotérique, pas une règle gravée dans les jeux anciens.
- Le Lenormand et l’Oracle de Belline fonctionnent sur d’autres logiques, non élémentaires.
| Enseigne | Élément | Ce qu’elle dit du lien | Son revers |
|---|---|---|---|
| Bâtons | Feu | Désir, élan, initiative | Une flambée qui retombe aussi vite |
| Coupes | Eau | Sentiment, attachement, intuition | Des émotions qui débordent et noient le reste |
| Épées | Air | Parole, lucidité, mise au clair | Le tranchant qui blesse au lieu de trancher |
| Deniers | Terre | Durée, quotidien, sécurité partagée | Une solidité qui s’installe et n’invente plus rien |
Les quatre climats, un par un
Chaque enseigne décrit une manière d’aimer, pas une qualité de relation. Aucune n’est meilleure qu’une autre, et le tirage ne distribue ni bons ni mauvais points : il indique par quel canal l’histoire circule en ce moment. Voici comment nous lisons chacune quand elle arrive en nombre.
Le feu des Bâtons
C’est la couleur du mouvement. Elle apparaît quand quelque chose démarre, se rallume ou se met en marche, et elle décrit une relation portée par l’élan plus que par l’installation. Le Valet de Bâtons occupe une place à part dans cette famille : figure d’annonce et de commencement, il signale une énergie jeune, enthousiaste, qui ne s’est pas encore mesurée à la durée.
L’eau des Coupes
La couleur du ressenti et des liens qui se tissent sans qu’on les décide. Un tirage majoritairement en Coupes décrit une relation où les émotions mènent la danse. C’est une bonne nouvelle et un avertissement dans la même main : ce qui se vit intensément se lit mal, parce que l’émotion couvre les signaux plus discrets.
L’air des Épées
La couleur des mots, de l’analyse et de ce qui se dit. Elle domine souvent les tirages posés en pleine crise, ce qui lui vaut une réputation sombre imméritée. Les Épées ne prédisent pas la rupture : elles signalent qu’un sujet demande à être nommé, et qu’il coûtera quelque chose de le nommer.
La terre des Deniers
La couleur du concret, du foyer et de ce qui se construit dans le temps long. Dans une lecture amoureuse, elle parle du quotidien partagé, du logement, de l’argent, de tout ce dont un couple discute mal et qui décide pourtant beaucoup. Une relation riche en Deniers est solide ; à elle seule, elle peut aussi devenir une routine confortable et muette.
Ce que dit une couleur absente
Le manque parle plus fort que la dominante. Un tirage amoureux sans aucune Coupe décrit un lien où le sentiment ne circule plus, même si tout le reste fonctionne. Sans Deniers, une histoire vibrante peine à se poser dans le réel. Sans Épées, personne ne dit rien depuis longtemps.
C’est le premier réflexe que nous conseillons à qui commence : compter les enseignes avant de lire les cartes. Trente secondes, et vous savez déjà de quoi la relation manque. La suite du tirage vient préciser ce constat, elle le contredit rarement.
Une réserve, tout de même, parce qu’elle évite bien des contresens. Sur un tirage court, trois ou quatre cartes, une couleur absente ne veut pas dire grand-chose : le hasard suffit à l’expliquer. Le comptage devient parlant à partir de sept ou huit cartes, et il prend tout son sens quand le même manque revient sur plusieurs tirages espacés dans le temps. Les cartes de Coupes méritent d’ailleurs une lecture à part, que nous détaillons dans notre approche des cartes de cœur en cartomancie sentimentale.
Les arcanes majeurs, au-dessus des éléments
Les vingt-deux arcanes majeurs ne se rangent pas dans ce système à quatre couleurs, et c’est justement ce qui leur donne leur poids dans une lecture. Le Bateleur ouvre, il marque le commencement de quelque chose. L’Amoureux, sixième arcane, pose un choix plus qu’un sentiment. Le Pape parle de transmission, de cadre partagé, d’engagement pris devant plus grand que soi. La Roue de Fortune annonce un cycle qui tourne, sans dire dans quel sens. Le Monde clôt et rassemble.
Quand un majeur tombe au milieu d’une majorité de mineurs, il change la hiérarchie du tirage : le sujet quitte le registre du quotidien pour celui d’un tournant. Nous le lisons toujours en dernier, une fois le climat élémentaire établi.
Les autres jeux ne fonctionnent pas ainsi
La cartomancie Lenormand ignore complètement les éléments. Ses 36 cartes portent des images concrètes, le Cœur, la Clef, le Navire, l’Ancre, et se lisent par combinaisons de deux ou trois plutôt que par familles. Le jeu descend d’un jeu de société allemand de 1799, Das Spiel der Hoffnung de Johann Kaspar Hechtel, et n’a reçu le nom de la célèbre cartomancienne parisienne Marie-Anne Lenormand (1772-1843) qu’après la mort de celle-ci.
L’Oracle de Belline suit encore une autre logique, planétaire celle-là. Ses 53 cartes ont été dessinées au XIXe siècle par Jules Charles Ernest Billaudot, dit le Mage Edmond, puis retrouvées par le voyant Marcel Belline et éditées par Grimaud en 1961 : le jeu porte donc le nom de celui qui l’a fait connaître, pas de son concepteur. Quant aux tarots des anges, jeux contemporains sans tronc commun, chacun impose ses propres correspondances. Autant le savoir avant de plaquer une grille élémentaire sur un jeu qui n’en a jamais eu.
Trois précisions qu’on nous réclame souvent
Cette correspondance entre couleurs et éléments est-elle très ancienne ? Elle est largement partagée aujourd’hui, mais elle relève d’une convention ésotérique et n’est pas inscrite dans les jeux de Marseille anciens eux-mêmes. Nous la présentons comme une clé de lecture utile, jamais comme une vérité établie.
Faut-il relier ces éléments aux signes du zodiaque ? Les deux systèmes se croisent volontiers dans la pratique, chaque signe étant lui aussi rattaché à un élément. C’est un terrain à part entière, avec ses propres règles de lecture, et le mélanger trop vite au tirage brouille davantage qu’il n’éclaire.
Un tirage tout en Épées annonce-t-il une séparation ? Non. Il décrit une période de mise au clair, souvent inconfortable, jamais une issue. Le tarot appartient à une tradition symbolique et se pratique comme un support de réflexion, sans se substituer à un accompagnement professionnel quand la relation fait réellement souffrir.
Le pas suivant
Chaque signe porte lui aussi son élément : de quoi croiser les deux grilles sans les confondre.
La Brigade de la Vérité. Article mis à jour le 9 août 2026. Contenu issu d’une tradition divinatoire, proposé comme support de réflexion et de divertissement introspectif, sans valeur de certitude sur l’avenir d’une relation.


